Actifs numériques

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Très en vogue depuis cinq ans, les actifs numériques et les crypto-monnaies ont permis aux investisseurs de s’exposer de manière liquide à des actifs alternatifs capables d’améliorer les performances de leur portefeuille. Mais que sont exactement les actifs numériques et les crypto-monnaies ?

Commençons par la notion de registre distribué (ou « distributed ledger »). Cette technologie ainsi que les blockchains constituent en effet la colonne vertébrale du secteur des crypto-monnaies et des actifs numériques. Les investisseurs dont les actifs sont logés dans les systèmes d’une banque ou d’une société de courtage peuvent subir le défaut d’une contrepartie centralisée. Lorsque vous possédez un compte bancaire ou un compte de courtage, vos actifs sont conservés dans un registre accessible uniquement par cette banque ou cette société de courtage. En adoptant un registre distribué, sa tenue est répartie sur des milliers d’ordinateurs dans des dizaines de pays à travers le monde, ce qui réduit le risque de défaut d’une contrepartie individuelle. Si vous avez confié vos actifs à une banque ou une société de courtage, vous êtes soumis à la devise et au régime réglementaire d’un seul pays.

Vous devez par exemple accepter que vos actifs soient libellés en dollars et d’être soumis à la Fed ou à la SEC d’un point de vue réglementaire. Mais dans l’univers des registres distribués, les actifs sont inscrits sur une blockchain mondiale qui n’est pas nécessairement soumise aux règles d’un pays spécifique.

Les actifs numériques sont inscrits sur des registres distribués sécurisés par la technologie blockchain. Au lieu que les actifs numériques soient inscrits dans un registre tenu par une banque ou société de courtage, ils sont inscrits sur un registre distribué géré par des ordinateurs aux quatre coins du monde.

A l’aide de la cryptographie, la technologie blockchain permet de connaître la provenance des actifs et d’en garantir la sécurité. La blockchain, sécurisée par la cryptographie, est donc la technologie décentralisée à la base du registre distribué. Tout type d’actif ou de données peut être sécurisé et suivi sur un registre distribué ou sur une blockchain. Les titres de propriété de toutes les voitures en Californie sont désormais inscrits sur une blockchain.

De même, les dossiers scolaires des étudiants en Afrique sont conservés sur une blockchain. Potentiellement, le titre de propriété de votre maison pourrait être inscrit sur une blockchain. Ce système pourrait renforcer les droits de propriété dans de nombreux pays.

Aux États-Unis, nous avons la chance que notre maison et notre voiture soient sécurisées par un titre de propriété, mais ce n’est pas toujours le cas dans les autres pays. La promesse des blockchains et des registres distribués pourrait s’appliquer aux actifs du monde réel, ce qu’on appelle le processus de « tokenisation », qui pourrait devenir l’application la plus importante de la technologie des registres distribués.

Aujourd’hui, les actifs dont la valeur est la plus élevée et inscrits sur une blockchain sont les crypto-monnaies, dont les plus connues sont le Bitcoin et l’Ethereum. Il existe plus de 15 000 crypto-monnaies dans le monde, mais le Bitcoin et l’Ethereum représentent à eux seuls entre 60% et 70% de leur valeur globale. Le Bitcoin a été la première crypto-monnaie décentralisée à connaître un véritable succès mondial. Il est considéré comme une réserve de valeur et peut même être comparé à l’or. Les Bitcoins peuvent être dépensés ou épargnés. Cette crypto-monnaie est née d’un livre blanc publié en 2008 par un ou des créateur(s) anonyme(s) dont le pseudonyme est Satoshi Nakamoto. Ce document explique le protocole de « proof of work ». Des milliers de « mineurs » dans le monde entier sont en concurrence pour sécuriser le réseau afin d’inscrire ces transactions sur la « chaîne de blocs » du Bitcoin.

Le protocole de « proof of work » de l’Ethereum est différent. Les mineurs ne sont pas en concurrence. Ils coopèrent à l’écriture des transactions sur la blockchain de l’Ethereum. Le Bitcoin a été qualifié d’« or numérique » et fait office de réserve de valeur. L’Ethereum a quant à lui été qualifié de « pétrole numérique », car il facilite les échanges commerciaux via une machine virtuelle qui exécute des « contrats auto-exécutants » (smart contracts).

Ces smart contracts peuvent créer toutes sortes de fonctionnalités puisque ces programmes informatiques sont inscrits sur la blockchain de l’Ethereum. L’Ethereum est très différent du Bitcoin. L’Ethereum ayant été créé en 2014, les créateurs de sa blockchain ont bénéficié de l’expérience du Bitcoin et ont ainsi pu améliorer ses fonctionnalités, et même en créer de nouvelles.

Cela peut surprendre mais les flux d’argent circulant sur le réseau des jetons indexés (ou stablecoins) sont plus importants que ceux traités via les réseaux de Visa et de MasterCard. L’écosystème des stablecoins traite un volume gigantesque de transactions en dollars, mais les réseaux de Visa et de MasterCard traitent encore un nombre beaucoup plus important de transactions. Les prix du Bitcoin et de l’Ethereum sont très volatils, avec une volatilité annualisée de plus de 70%, soit quatre fois celle de l’indice NASDAQ. Le marché des stablecoins est toutefois conçu pour être stable, indexé sur une valeur d’un dollar, d’un euro ou encore d’une once d’or.

Un stablecoin indexé sur le dollar vaudra toujours un dollar. Ces stablecoins permettent aux investisseurs internationaux de détenir des euros ou des dollars américains, même si le système bancaire de leur pays d’origine ne le permet pas. Il permet également de transférer des montants initialement libellés en bolivars vénézuéliens et en dollars zimbabwéens. Il est donc possible pour tout un chacun de retirer de l’argent d’un système bancaire fragile, comme celui de l’Ukraine, et de détenir des dollars, des euros ou de l’or sur une blockchain, en dehors d’un système bancaire traditionnel.

Ces actifs peuvent protéger les investisseurs contre les pics d’inflation, par exemple au Venezuela et au Zimbabwe et les immuniser contre des systèmes bancaires fragiles qui sont régulièrement soumis à des dysfonctionnements physiques, comme en Ukraine.

Les smart contracts reposant sur la machine virtuelle de l’Ethereum permettent de créer des applications décentralisées (« DApps »), ce qui pourrait faire émerger des modèles économiques fonctionnant sur des blockchains et des registres distribués

De nouvelles entreprises pourraient reposer sur un tel environnement mondial d’informatique décentralisée. De nouvelles entreprises utilisant la finance décentralisée (« Defi »), pourraient créer de nouvelles banques ou de nouvelles sociétés de courtage. Le système bancaire pourrait être réinventé sur la base de marchés transfrontaliers d’emprunt et de prêt libellés dans une seule et même monnaie fiduciaire, comme le dollar ou l’euro, ou reposant sur la valeur des crypto-monnaies. Un nouveau système de courtage pourrait également émerger. Lors de l’élection présidentielle américaine de 2024, les marchés de la prédiction reposant sur les crypto-monnaies ont beaucoup fait parler d’eux ; sur ces marchés, des prévisionnistes cherchent à monétiser leurs opinions sur l’issue d’une élection, l’évolution d’un marché ou le résultat d’un événement sportif. Une fois combinées, les prédictions de ces milliers, voire de ces millions, d’investisseurs pourraient s’avérer plus précises que les sondages.

Les applications décentralisées (Dapps) cherchent également à réinventer les marchés de l’assurance, en permettant le remboursement immédiat et automatisé des sinistres. Les smarts contracts et les applications décentralisées n’ont pas de limites en termes en créativité. Ils ont d’abord été déployés dans les activités d’emprunt et de prêt, de l’assurance et du courtage, mais ils pourraient être étendus à de nombreuses autres activités susceptibles d’être intégrées à une blockchain. Les innovations sont nombreuses dans le domaine des actifs dématérialisés, mais il faut aussi les voir comme des véhicules d’investissement.

Le marché des crypto-monnaies continue à grossir. Très volatil, il a récemment été évalué à près de 3 000 milliards de dollars. Il s’agit d’un marché très vaste. A titre de comparaison, le marché de la dette privée représente 2 000 milliards de dollars et celui des hedge funds 5 000 milliards de dollars. Les crypto-monnaies et les actifs numériques ont pris une importance suffisante pour trouver leur place dans l’allocation d’actifs de nombreux investisseurs. Les cours du bitcoin sont notoirement volatils. Sa volatilité annualisée s’établit à plus de 70% et il a subi plusieurs épisodes de baisse de 70%. Cette volatilité peut dissuader d’investir massivement dans les crypto-monnaies et les actifs numériques. Mais les tendances récentes sont incroyables. Entre 2018 et 2024, à mesure que les crypto-monnaies se sont imposées, le bitcoin ne s’échangeait pas à un dollar, mais à 10 000 dollars.

De janvier 2018 à mars 2024, le bitcoin a enregistré une performance annuelle composée de 33%, soit trois fois celle du S&P 500 (11%) et bien plus que la performance de 7% d’un portefeuille 60/40. Que se passe-t-il si nous ajoutons une allocation de 3% aux bitcoins à un portefeuille 60/40? La performance passe de 7,3% à 8,6% sur six ans, mais la volatilité ne change pas. L’écart-type du portefeuille 60/40 ressort à 11,8% et celui du portefeuille avec 3% de bitcoins à 12,3%. La perte maximale du portefeuille 60/40 est de 20% et celle du portefeuille avec 3% de bitcoins de 21%. Si vous intégrez des cryptomonnaies à votre portefeuille avec une très faible pondération, vous ne subirez pas de pics de volatilité, mais la performance annuelle composée de votre portefeuille pourrait augmenter de plus de cent points de base sur six ans. A noter que le modèle utilisé pour ces calculs s’accompagne d’un rééquilibrage trimestriel. Il faut donc rééquilibrer régulièrement les allocations aux crypto-monnaies. Il est intéressant d’investir dans les crypto-monnaies et les actifs numériques, mais il faut rééquilibrer régulièrement votre portefeuille et y consacrer moins de 5% de son actif pour maîtriser la volatilité. Si vous investissez plus de 10% de votre actif dans les crypto-monnaies et les actifs numériques, leur volatilité dépassera celle de votre portefeuille d’actions et d’obligations.

Dans cette vidéo, nous passons en revue les arguments des actifs numériques en matière d’investissement. Nous mettons en avant la manière dont la blockchain et les technologies de registre distribué permettent une propriété décentralisée, une réduction du risque de contrepartie et la possibilité de tokeniser des actifs du monde réel. Avec des applications allant des stablecoins aux smart contracts aux marchés de la finance décentralisée (DeFi) et de la prédiction, les actifs numériques présentent de nouveaux modèles financiers et économiques. Malgré une forte volatilité, les allocations modestes aux cryptomonnaies comme le Bitcoin ont toujours renforcé les performances des portefeuilles, sans augmenter nettement le risque.